Pendant vingt-deux jours, Grégoire a relié la Méditerranée à l'Atlantique — de Menton au Cap Breton — et tout enregistré : chaque kilomètre via sa montre Garmin, chaque aliment dans un journal manuscrit. De ces deux carnets — la montre et la fourchette — on peut reconstituer toute la traversée par ses seuls chiffres : le terrain avalé, le corps à l'épreuve, et le carburant qu'il a fallu pour tenir.
Vingt-deux jours de Menton au Cap Breton, à pied et à vélo. Mille sept cent cinquante-deux kilomètres, trente-huit mille mètres de dénivelé, deux cent sept heures d'effort. D'abord, le terrain — ce qu'il a fallu avaler avant de penser à le payer.
38 033 m de D+ sur 1 752 km, c'est 21,7 m de montée par kilomètre — ratio qu'on trouve sur des étapes alpines, pas sur une traversée. La quasi-totalité de ce dénivelé tient sur les douze jours de course à pied (Alpes, Massif Central et arrivée bretonne) : 45 m/km. Côté vélo, sur 1 242 km de plaines et collines : 12 m/km — quatre fois moins.
Vingt-deux étapes en ligne brisée : douze jours de course à pied — neuf d'affilée dans les Alpes, deux dans le Massif Central, un dernier au Cap Breton — et dix jours de vélo pour avaler les grands plats, sans un seul jour de repos jusqu'à la pointe bretonne.
Ce que ce terrain coûte au corps : des nuits trop courtes, un cœur qui s'adapte au fil des jours, une fatigue qui s'accumule — sans jamais faire céder le rythme.
Pendant la traversée, Grégoire dort en moyenne — h par nuit. La plus courte — — h — ouvre la traversée (J1, la nuit précédant le grand départ depuis Menton, coucher à 02h33). La plus longue : — h, en milieu de parcours dans le Limousin. Au cumul : — h en 22 nuits — soit l'équivalent de cinq journées pleines de sommeil pour 22 jours d'effort intense.
La fréquence cardiaque de repos baisse au fil des jours — signature classique d'une adaptation cardiovasculaire à l'effort prolongé. Le HRV (variabilité cardiaque) reste sous le seuil personnel « équilibré » sur quasiment toute la traversée : le corps signale qu'il accumule la fatigue, et Grégoire continue malgré tout.
Chaque carte synthétise une journée : distance, durée, dénivelé, fréquence cardiaque moyenne, sommeil de la nuit, et balance calorique (ingéré − brûlé).
L'autre versant de la traversée : tout ce qui est passé par la fourchette pour alimenter le moteur. Cent cinq mille calories en vingt-deux jours, deux cents aliments différents, une logique d'endurance — boisson Nduranz, viennoiseries Pasquier, plats salés de boulangerie.
Les apports quotidiens oscillent entre — et — kcal. Le pic correspond souvent à une grosse étape ou à un jour de transition, là où le carburant d'effort s'ajoute à la nourriture de réconfort.
Chaque carte représente une journée — J1 au grand départ depuis Menton, J22 à l'arrivée au Cap Breton. La barre fine en bas montre la part de protéines, glucides et lipides. J23, en pointillé doré, est le jour de récup post-arrivée (hors décompte de la traversée).
Top 15 des aliments par apport calorique cumulé sur la traversée — à gauche. À droite, les plus consommés en quantité d'unités.
Les plats salés et la viennoiserie dominent — ce qui est cohérent avec une logique d'endurance : on a besoin de carburant facile et de réconfort.
Reste à fermer l'équation : tout ce qui a été brûlé d'un côté, tout ce qui a été ingéré de l'autre. Le verdict de vingt-deux jours d'effort tient en un seul nombre.
Le compte final : — kcal ingérées contre — kcal brûlées sur la traversée. Quasi à l'équilibre, à — kcal près — soit — kcal/jour de différence en moyenne. Vingt-deux jours d'effort extrême, et la fourchette a presque exactement compensé ce que les jambes ont dépensé.
Note méthodologique.
Les valeurs nutritionnelles des produits emballés (gels, pâtes de fruit, recovery
bars, Pitch, Pasquier, Brets, Snickers, etc.) sont issues des fiches officielles
fabricant. Les plats faits maison, plats de restaurant et charcuteries sont
estimés à partir de portions standards — ces lignes sont marquées
estimé dans le CSV source.
Données Garmin. Toutes les activités sportives ont été enregistrées par la montre Garmin de Grégoire. Les valeurs « kcal brûlées » regroupent métabolisme basal (BMR ≈ 2 100 kcal/jour) et dépense active mesurée par la montre — il s'agit donc bien d'un total quotidien, pas seulement de la dépense d'effort. Les phases de sommeil, la fréquence cardiaque de repos et le HRV sont des estimations Garmin issues du capteur optique.
Balance énergétique. Calculée comme apport alimentaire − dépense totale. Un nombre proche de zéro signifie maintien du poids ; un excédent indique un gain potentiel (réhydratation incluse, à pondérer) ; un déficit signale une perte. Sur cette traversée, l'écart moyen est tellement faible que la nutrition a parfaitement collé à la dépense.